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Côte 304 Mort-Homme

6 mars 1916, les Allemands attaquent.

Fortement ralentis sur la rive droite de la Meuse par les tirs puissants et précis de l’artillerie française de la rive gauche, les Allemands changent leur stratégie d’attaque. Ils décident d’étendre leur offensive à l’ouest de Verdun. Le Kronprinz Impérial avait pourtant suggéré à von FALKENHAYN d’attaquer sur les deux rives dès le début de l’opération mais ce dernier refusa pour ne pas diviser ses moyens. La cote 304 et le Mort-Homme seront attaqués simultanément.

Le QG avait déjà prévu l’attaque. Il a un ou deux régiments de réserve sur place, mais il rappelle immédiatement les éléments du XXe Corps comme le 26e RI qui sont au nord de Nancy. Notamment autour de Champenoux. On embarque toutes ces troupes par des convois ferrés qui viennent les prendre à la gare de Ludres le 14 mars. Débarquement Revigny puis par étapes pédestres on les amène à Esnes et villages voisins (Dombasle-en-Argonne, Bethelainville etc.). Ils créent une seconde ligne de défense en 3 jours, sous les bombardements. Le 27 mars des éléments s’installent à Bethelainville en relevant une Brigade qui descend au repos.

La nuit du 29 au 30 mars le 26e RI relève un bataillon du 227e et un du 163e.

Il n‘y a pas ou plus de ligne téléphonique ni avec le chef de Corps ni avec l’artillerie ni avec les unités voisines. La continuité de la ligne n’existe plus. On refait tout, y compris la mise en œuvre d’un poste optique avec l’artillerie. Toujours sous les obus. Le 30 mars première attaque allemande accompagnée d’un puissant bombardement. Pertes sévères chez nous mais globalement on tient.

Et ce sera ainsi tous les jours, les Allemands bombardent et attaquent quotidiennement. Parfois les Français contre-attaquent et reprennent le terrain perdu. Mais globalement on tient, les Allemands subissent des pertes considérables. Une fois de plus la division de Fer de Nancy a été conforme à sa légende (11e DI)

Pour le seul 26e RI ce sera 800 hommes hors de combat dont 30 officiers et 80 hommes évacués malades. Eh oui il a fait terriblement froid, une alternance de pluie, donc de boue, et de gel. Les pieds gelés apparaissent et il faudra parfois amputer…. C’est cela aussi la guerre de tranchée

La relève ce sera le 11 avril. Il faudra se déplacer malgré les souffrances jusque Blercourt pour être emmenés par des convois automobiles à Revigny. A nouveau le train pour quelques jours de repos…

Reprenons un peu de recul sur cette bataille qui va durer de longs mois :

L’attaque a démarré le 6 mars, par une forte préparation d’artillerie. Toute la crête du Mort-Homme est plongée dans un nuage de fumée et de poussière. Les Allemands gagnent du terrain au prix d’énormes pertes mais ne peuvent conquérir que le sommet le plus bas du Mort-Homme. Les lignes allemandes sont toujours prises sous le feu des batteries françaises de la cote 304 et des canons de la rive gauche. Le mois de mars s’est écoulé sous la forme d’une série journalière d’attaques et de contre-attaques, le XXe Corps a usé les forces allemandes…

Le 8 avril, une nouvelle impulsion est donnée à l’attaque allemande, principalement sur les mamelons du Mort-Homme, mais aussi et surtout sur les approches de la cote 304. Les Allemands ont compris qu’il faut prendre la côte 304 avant de prétendre gagner le Mort-Homme.

Malgré tous leurs assauts, les Allemands échouent sur le Mort-Homme. Les Français héroïquement restent forts.

C’est depuis la cote 304, que les Français empêchent les Allemands d’installer leurs batteries d’artillerie et les postes d’observation sur le Mort-Homme. Leurs positions sont pilonnées jour et nuit. Le général von GALLWITZ réussit à convaincre son officier supérieur qu’il est inutile d’attaquer le Mort-Homme avant d’avoir, au préalable, neutralisé la cote 304.

L’ennemi se prépare donc pour l’attaque massive contre la cote 304. Le général von GALLWITZ, officier artilleur, décide de mettre en œuvre les grands moyens pour arriver à son but. 500 obusiers lourds pointent leur gueule sur un front large d’à peine deux kilomètres.

Ce coup de reins leur permet de gagner un peu d’espace mais la résistance énergique des fantassins français bien appuyés par l’artillerie les empêche d’atteindre vraiment leurs objectifs.

La bataille bascule constamment d’une crête à l’autre. C’est la lutte la plus dure qui se soit déroulée sur la rive gauche. Des compagnies entières sont fauchées dans chaque camp. Souvent les provisions demeurent indisponibles pour plusieurs jours. Les blessés sont laissés à l’abandon et les morts ne sont pas enterrés. Les tirs sont considérés comme plus violents que ceux qui auront lieu sur la Somme la même année.

Un soldat français décrit l’horreur de ces bombardements : « Quand on entend au loin le sifflement des obus, le corps tout entier se crispe préventivement, se préparant à l’énorme explosion qui va arriver. Chaque nouvelle explosion est une nouvelle attaque, une nouvelle fatigue, une nouvelle affliction. Même avec des nerfs d’acier il est impossible de gérer cette pression.

Le moment vient où le sang pulse à la tête, la fièvre envahit le corps tout entier, les membres sont engourdis, les nerfs sans réaction sont incapables de faire quoi que ce soit… »

Le lendemain, commence une période de pluie qui durera 12 jours. Les troupes sont trempées et pataugent dans la boue jusqu’aux genoux. Après cet épisode pluvieux, plusieurs contre-attaques françaises repoussent les Allemands au-delà des collines du Mort-Homme.

Puis vint cette journée torride du 3 mai 1916, les Allemands déclenchent un énorme bombardement qui s’étend de la cote 304 au Mort-Homme. Il se concentre particulièrement sur la cote 304 et le ravin de la Hayette. Plus de 70 batteries déversent leurs obus sur l’artillerie française postée sur cette crête. À 15 heures, les tirs augmentent encore en puissance, notamment sur un bataillon du 90e R.I.

Toutes les tranchées sont nivelées, les hommes et le matériel, pulvérisés et les ouvrages considérablement affaiblis. Les Français comptent, de nouveau, de très lourdes pertes. Contre toute attente, l’attaque d’infanterie, suspectée après un tel bombardement, n’a pas lieu. À la suite des pertes énormes, subies par les bataillons de 1ère ligne, des renforts sont prélevés des 68e R.I. et 290e R.I.

 

La Côte 304 : intervention du 125e et du 144e RI de Poitiers

Début mai 1916 : c’est à ce moment-là que le 125e et le 114e RI du 9e Corps de Poitiers sont à nouveau envoyés en Lorraine. Rappelons qu’en août 1914, nous les avons déjà vu ici en Lorraine, le 9e Corps et son Corps de réserve, le 59e, s’y étaient déjà illustrés. Le 9e Corps brièvement, notamment sur Réméréville, avant d’être subitement retiré au profit de la bataille de la Marne. Mais n’oublions pas pour ces soldats venus du lointain Poitou : le Rembêtant, la côte Sainte-Geneviève, Laneuvelotte etc… Leur vaillance n’avait eu d’égal que celle du XXe Corps de Nancy, et les Lorrains les considéraient comme les leurs.

Les revoilà donc appelés au secours du site de la côte 304, au nord de Verdun, rive gauche. Ce site est inséparable de celui voisin du Mort-Homme, le bien nommé. Le 9e dispose d’un régiment d’artillerie de Corps et d’un régiment d’artillerie pour la Division des 125e et 144e RI dont l’efficacité n’est plus à démontrer.

Depuis des semaines les Allemands essayaient de conquérir le Mort-Homme, au prix de lourdes pertes. La vaillance des troupes françaises du Mort-Homme les avait quasiment vaincus, mais vaillance puissamment soutenue par l’artillerie placée sur la côte 304 voisine.

Les Allemands se résolurent donc à payer le prix de la conquête préalable de la Côte 304, en amenant des canons nombreux et des régiments d’assaut dans cet objectif.

Les Poitevins arrivent juste à point, du 5 Mai 1916 au 21 Mai 1916. Le 125eme RI de Poitiers va entrer dans la fournaise de Verdun. Affecté en compagnie de son régiment frère le 114ème R, et épaulé par le 296ème RI, le 125ème aura pour mission de reprendre les positions perdues, de s’y maintenir, de pousser en avant. Position stratégique, la côte 304, mouvement de terrain jumeau du Mort Homme sera perdue le 5 mai. Reconquise le 6, reperdue puis reprise le 7. Des aviateurs en observation au-dessus de ces positions avaient indiqué à l’époque que le ciel était obscurci jusqu'à 800 mètres au-dessus du sol. Avec un effectif au départ de 66 officiers, 2530 sous- officiers et hommes de troupe, il sera relevé le 12 mai, et aura laissé 671 officiers, sous- officiers, caporaux et fantassins hors de combat (tués, blessés et disparus). Il se verra, tout comme le 114éme, décerne  une citation à l’ordre de l'armée. Bon nombre de ses hommes tués et enterrés sur place n’ont pu être relevés à l'issue des combats et reposent anonymement dans les ossuaires ou encore sous cette terre.


 

 

Situation carte générale :

 

 

A noter également ci-dessous le cénotaphe d’un officier du 173e RI, le seul régiment Corse existant en 1914, que nous avions évoqué sur se site à propos du retrait du 15e Corps devant Morhange.

Il se trouve sur la route qui mène d’Esnes-en-Argonne à la cote 304. Il évoque les glorieux combats menés ici par le 173e RI. Plusieurs autres monuments ou cénotaphes sont éparpillés ça et là sur le champ de bataille.

 

Cénotaphe du lieutenant FABRE

Comme pour le Mort-Homme, les combats de la cote 304 ne cesseront pas dans ce secteur de la place de Verdun. Il faudra attendre l’offensive française du 20 août 1917 pour reprendre la cote 304. La rive gauche de la Meuse sera définitivement conquise par les Américains, lors de l’offensive Meuse-Argonne qui débutera le

La cote 304
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